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:Le prince don Asdrubale s'approcha de sa fille. C'est un homme riche qui depuis vingt ans n'a pas compt avec son intendant, lequel lui prte ses propres revenus  un intrt fort lev. Si vous le rencontrez dans la rue, vous le prendrez pour un vieux comdien ; vous ne remarquerez pas que ses mains sont charges de cinq ou six bagues normes garnies de diamants fort gros. Ses deux fils se sont faits jsuites, et ensuite sont mort fous. Il les a oublis ; mais il est fch que sa fille unique, Vanina, ne veuille pas se marier. Elle a dj dix-neuf ans, et a refus les partis les plus brillants. Quelle est sa raison ? la mme que celle de Sylla pour abdiquer, son mpris pour les Romains. 
:Une semaine ne s'tait pas coule, que Vanina, ple et tremblante, entra dans la chambre du jeune carbonaro avec le chirurgien. Elle venait de lui dire qu'il fallait engager le prince  se faire remplacer par un domestique. Elle ne resta pas dix secondes ; mais quelques jours aprs elle revint encore avec le chirurgien, par humanit. Un soir, quoique Missirilli ft bien mieux, et que Vanina n'et plus le prtexte de craindre pour sa vie, elle osa venir seule. En la voyant, Missirilli fut au comble du bonheur, mais il songea  cacher son amour ; avant tout, il ne voulait pas s'carter de la dignit convenable  un homme. Vanina, qui tait entre chez lui le front couvert de rougeur, et craignant des propos d'amour, fut dconcerte de l'amiti noble et dvoue, mais fort peu tendre, avec laquelle il la reut. Elle partit sans qu'il essayt de la retenir. 
:Missirilli, brlant d'amour, mais songeant  sa naissance obscure et  ce qu'il se devait, s'tait promis de ne descendre  parler d'amour que si Vanina restait huit jours sans le voir. L'orgueil de la jeune princesse combattit pied  pied. Eh bien ! se dit-elle enfin, si je le vois, c'est pour moi, c'est pour me faire plaisir, et jamais je ne lui avouerai l'intrt qu'il m'inspire. Elle faisait de longues visites  Missirilli, qui lui parlait comme il et pu faire si vingt personnes eussent t prsentes. Un soir, aprs avoir pass la journe  le dtester et  se bien promettre d'tre avec lui encore plus froide et plus svre qu' l'ordinaire, elle lui dit qu'elle l'aimait. Bientt elle n'eut plus rien  lui refuser. 
:Qu'est-ce que la patrie ? se dit-il. Ce n'est pas un tre  qui nous devions de la reconnaissance pour un bienfait, et qui soit malheureux et puisse nous maudire si nous y manquons. La patrie et la libert, c'est comme mon manteau, c'est une chose qui m'est utile, que je dois acheter, il est vrai, quand je ne l'ai pas reue en hritage de mon pre ; mais enfin j'aime la patrie et la libert, parce que ces deux choses me sont utiles. Si je n'en ai que faire, si elles sont pour moi comme un manteau au mois d'aot,  quoi bon les acheter, et un prix norme ? Vanina est si belle ! elle a un gnie si singulier ! On cherchera  lui plaire ; elle m'oubliera. Quelle est la femme qui n'a jamais eu qu'un amant ? Ces princes romains que je mprise comme citoyens, ont tant d'avantages sur moi ! Ils doivent tre bien aimables ! Ah, si je pars, elle m'oublie, et je la perds pour jamais. 
:Deux jours aprs, Missirilli vit dans le rapport des arrives et des dparts qu'on lui adressait, comme chef de vente, que la princesse Vanina venait d'arriver  son chteau de San Nicol. La lecture de ce nom jeta plus de trouble que de plaisir dans son me. Ce fut en vain qu'il crut assurer sa fidlit  la patrie en prenant sur lui de ne pas voler le soir mme au chteau de San Nicol ; l'ide de Vanina, qu'il ngligeait, l'empcha de remplir ses devoirs d'une faon raisonnable. Il la vit le lendemain ; elle l'aimait comme  Rome. Son pre, qui voulait la marier, avait retard son dpart. Elle apportait deux mille sequins. Ce secours imprvu servit merveilleusement  accrditer Missirilli dans sa nouvelle dignit. On fit fabriquer des poignards  Corfou ; on gagna le secrtaire intime du lgat, charg de poursuivre les carbonari. On obtint ainsi la liste des curs qui servaient d'espions au gouvernement. 
:Bientt ses larmes coulrent ; mais c'tait de honte de s'tre abaisse jusqu'aux reproches. Missirilli rpondit  ces larmes en homme proccup. Tout  coup Vanina eut l'ide de le quitter et de retourner  Rome. Elle trouva une joie cruelle  se punir de la faiblesse qui venait de la faire parler. Au bout de peu d'instants de silence, son parti fut pris ; elle se ft trouve indigne de Missirilli si elle ne l'et pas quitt. Elle jouissait de sa surprise douloureuse quand il la chercherait en vain auprs de lui. Bientt l'ide de n'avoir pu obtenir l'amour de l'homme pour qui elle avait fait tant de folies l'attendrit profondment. Alors elle rompit le silence, et fit tout au monde pour lui arracher une parole d'amour. Il lui dit d'un air distrait des choses fort tendres ; mais ce fut avec un accent bien autrement profond qu'en parlant de ses entreprises politiques, il s'cria avec douleur : 
:Au milieu de la nuit, un des domestiques de Vanina entra brusquement dans sa chambre. Cet homme tait carbonaro sans qu'elle s'en doutt. Missirilli avait donc des secrets pour elle, mme pour ces dtails. Elle frmit. Cet homme venait d'avertir Missirilli que dans la nuit,  Forli, les maisons de dix-neuf carbonari avaient t cernes, et eux arrts au moment o ils revenaient de la vente. Quoique pris  l'improviste, neuf s'taient chapps. Les carabiniers avaient pu conduire dix dans la prison de la citadelle. En y entrant, l'un d'eux s'tait jet dans le puits, si profond, et s'tait tu. Vanina perdit contenance ; heureusement Pietro ne la remarqua pas : il et pu lire son crime dans ses yeux. 
:Elle alla faire une visite indispensable au cur du village de San Nicol, peut-tre espion des jsuites. En rentrant pour dner  sept heures, elle trouva dserte la petite chambre o son amant tait cach. Hors d'elle-mme, elle courut le chercher dans toute la maison ; il n'y tait point. Dsespre, elle revint dans cette petite chambre, ce fut alors seulement qu'elle vit un billet ; elle lut : Je vais me rendre prisonnier au lgat : je dsespre de notre cause ; le ciel est contre nous. Qui nous a trahis ? apparemment le misrable qui s'est jet dans le puits. Puisque ma vie est inutile  la pauvre Italie, je ne veux pas que mes camarades, en voyant que, seul, je ne suis pas arrt, puissent se figurer que je les ai vendus. Adieu, si vous m'aimez, songez  me venger. Perdez, anantissez l'infme qui nous a trahis, fut-ce mon pre. 
:Une heure aprs, elle tait en route pour Rome. Depuis longtemps son pre la pressait de revenir. Pendant son absence, il avait arrang son mariage avec le prince Livio Savelli. A peine Vanina fut-elle arrive, qu'il lui en parla en tremblant. A son grand tonnement, elle consentit ds le premier mot. Le soir mme, chez la comtesse Vitteleschi, son pre lui prsenta presque officiellement don Livio ; elle lui parla beaucoup. C'tait le jeune homme le plus lgant et qui avait les plus beaux chevaux ; mais quoiqu'on lui reconnt beaucoup d'esprit, son caractre passait pour tellement lger, qu'il n'tait nullement suspect au gouvernement. Vanina pensa qu'en lui faisant d'abord tourner la tte, elle en ferait un agent commode. Comme il tait neveu de monsignor Savelli-Catanzara, gouverneur de Rome et ministre de la police, elle supposait que les espions n'oseraient le suivre. 
:Le lendemain, monsignor Catanzara rentra dans son palais vers le minuit, il ne trouva point son valet de chambre ; le ministre, tonn, sonna plusieurs fois ; enfin parut un vieux domestique imbcile : le ministre, impatient, prit le parti de se dshabiller lui-mme. Il ferma sa porte  clef ; il faisait fort chaud : il prit son habit et le lana en paquet sur une chaise. Cet habit, jet avait trop de force, passa par-dessus la chaise, alla frapper le rideau de mousseline de la fentre, et dessina la forme d'un homme. Le ministre se jeta rapidement vers son lit et saisit un pistolet. Comme il revenait prs de la fentre, un fort jeune homme, couvert de la livre, s'approcha de lui le pistolet  la main. A cette vue, le ministre approcha le pistolet de son oeil ; il allait tirer. Le jeune homme lui dit en riant : 
:Vanina ayant su aprs que les carbonari de Forli allaient tre transfrs au chteau de San Leo, voulut essayer de voir Missirilli  son passage  Citta-Castellana ; elle arriva dans cette ville vingt-quatre heures avant les prisonniers ; elle y trouva l'abb Cari, qui l'avait prcde de plusieurs jours. Il avait obtenu du gelier que Missirilli pourrait entendre la messe,  minuit, dans la chapelle de la prison. On alla plus loin : si Missirilli voulait consentir  se laisser lier les bras et les jambes par une chane, le gelier se retirerait vers la porte de la chapelle, de manire  voir toujours le prisonnier, dont il tait responsable, mais  ne pouvoir entendre ce qu'il dirait. 
:-- Chre amie, lui dit-il enfin, je regrette l'amour que vous avez pris pour moi ; c'est en vain que je cherche le mrite qui a pu vous l'inspirer. Revenons, croyez-m'en,  des sentiments plus chrtiens, oublions les illusions qui jadis nous ont gars ; je ne puis vous appartenir. Le malheur constant qui a suivi mes entreprises vient peut-tre de l'tat de pch mortel o je me suis constamment trouv. Mme  n'couter que les conseils de la prudence humaine, pourquoi n'ai-je pas t arrt avec mes amis, lors de la fatale nuit de Forli ? Pourquoi,  l'instant du danger, ne me trouvais-je pas  mon poste ? Pourquoi mon absence a-t-elle pu autoriser les soupons les plus cruels ? J'avais une autre passion que celle de la libert de l'Italie. 
