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:Son pre, le prince don Asdrubale Vanini, avait voulu qu'elle danst d'abord avec deux ou trois souverains d'Allemagne. Elle accepta ensuite les invitations de quelques Anglais fort beaux et fort nobles ; leur air empes l'ennuya. Elle parut prendre plus de plaisir  tourmenter le jeune Livio Savelli qui semblait fort amoureux. C'tait le jeune homme le plus brillant de Rome, et de plus lui aussi tait prince ; mais si on lui et donn  lire un roman, il et jet le volume au bout de vingt pages, disant qu'il lui donnait mal  la tte. C'tait un dsavantage aux yeux de Vanina. 
:Vers le minuit une nouvelle se rpandit dans le bal, et fit assez d'effet. Un jeune carbonaro, dtenu au fort Saint-Ange, venait de se sauver le soir mme,  l'aide d'un dguisement, et, par un excs d'audace romanesque, arriv au dernier corps de garde de la prison, il avait attaqu les soldats avec un poignard ; mais il avait t bless lui-mme, les sbires le suivaient dans les rues  la trace de son sang, et on esprait le revoir. 
:Le coeur de Vanina battait avec force ; les manires de l'inconnue lui semblaient remplies de distinction. Cette pauvre jeune femme avait sans doute offens quelque homme puissant ; peut-tre dans un moment de jalousie avait-elle tu son amant ? Vanina ne pouvait voir une cause vulgaire  son malheur. L'inconnue lui dit qu'elle avait reu une blessure dans l'paule, qui avait pntr jusqu' la poitrine et la faisait beaucoup souffrir. Souvent elle se trouvait la bouche pleine de sang. 
:-- Quoi ! vous l'a-t-elle dit ? s'cria Missirilli. Quoi qu'il en soit, cette dame, dont le nom ne doit jamais tre prononc, me sauva la vie. Comme les soldats entraient chez elle pour me saisir, votre pre m'en faisait sortir dans sa voiture. Je me sens fort mal : depuis quelques jours ce coup de baonnette dans l'paule m'empche de respirer. Je vais mourir, et dsespr, puisque je ne vous verrai plus. 
:Cette rsolution arrte, elle se rappelait, malgr elle, l'amiti qu'elle avait prise pour ce jeune homme, quand si sottement elle le croyait une femme. Aprs une intimit si douce, il fallait donc l'oublier ! Dans ses moments les plus raisonnables, Vanina tait effraye du changement qui avait lieu dans ses ides. Depuis que Missirilli s'tait nomm, toutes les choses auxquelles elle avait l'habitude de penser s'taient comme recouvertes d'un voile, et ne paraissaient plus que dans l'loignement. 
:Quelques jours aprs, lorsqu'elle revint, mme conduite, mmes assurances de dvouement respectueux et de reconnaissance ternelle. Bien loin d'tre occupe  mettre un frein aux transports du jeune carbonaro, Vanina se demanda si elle aimait seule. Cette jeune fille, jusque-l si fire, sentit amrement toute l'tendue de sa folie. Elle affecta de la gaiet et mme de la froideur, vint moins souvent, mais ne put prendre sur elle de cesser de voir le jeune malade. 
:Vanina ne doutait pas que le plus grand bonheur de Pietro ne ft de lui rester attach ; il semblait trop heureux ; mais un mot du gnral Bonaparte retentissait amrement dans l'me de ce jeune homme et influenait toute sa conduite  l'gard des femmes. En 1796, comme le gnral Bonaparte quittait Brescia, les municipaux qui l'accompagnaient  la porte de la ville lui disaient que les Bressans aimaient la libert par-dessus tous les autres Italiens. -- Oui, dit-il, ils aiment  en parler  leurs matresses. 
:C'est  cette poque que finit de s'organiser l'une des moins folles conspirations qui aient t tentes dans la malheureuse Italie. Je n'entrerai point ici dans des dtails dplacs. Je me contenterai de dire que si le succs et couronn l'entreprise, Missirilli et pu rclamer une bonne part de la gloire. Par lui, plusieurs milliers d'insurgs se seraient levs  un signal donn, et auraient attendu en armes l'arrive des chefs suprieurs. Le moment dcisif approchait, lorsque, comme cela arrive toujours, la conspiration fut paralyse par l'arrestation des chefs. 
:A peine arrive en Romagne, Vanina crut voir que l'amour de la patrie ferait oublier  son amant tout autre amour. La fiert de la jeune Romaine s'irrita. Elle essaya en vain de se raisonner ; un noir chagrin s'empara d'elle : elle se surprit  maudire la libert. Un jour qu'elle tait venue  Forli pour voir Missirilli, elle ne fut pas matresse de sa douleur, que toujours jusque-l son orgueil avait su matriser. 
:Elle courut chez une des femmes de chambre qui l'avait quitte pour se marier et prendre un petit commerce  Forli. Arrive chez cette femme, elle crivit  la hte  la marge d'un livre d'Heures qu'elle trouva dans sa chambre, l'indication exacte du lieu o la vente des carbonari devait se runir cette nuit-l mme. Elle termina sa dnonciation par ces mots : Cette vente est compose de dix-neuf membres ; voici leurs noms et leurs adresses. Aprs avoir crit cette liste, trs exacte  cela prs que le nom de Missirilli tait omis, elle dit  la femme, dont elle tait sre : 
:Tout se passa  merveille. La peur du lgat fit qu'il ne se conduisit point en grand seigneur. Il permit  la femme du peuple qui demandait  lui parler de ne paratre devant lui que masque, mais  condition qu'elle aurait les mains lies. En cet tat, la marchande fut introduite devant le grand personnage, qu'elle trouva retranch derrire une immense table, couverte d'un tapis vert. 
:Don Livio vint lui dire, deux jours aprs, que tous les carbonari pris  Forli s'taient vads. Elle arrta sur lui ses grands yeux noirs avec le sourire amer du plus profond mpris, et ne daigna pas lui parler de toute la soire. Le surlendemain, don Livio vint lui avouer, en rougissant, que d'abord on l'avait tromp. 
:-- Mon pre est quelquefois bizarre, lui dit un jour Vanina, il a chass ce matin deux de ses gens qui sont venus pleurer chez moi. L'un m'a demand d'tre plac chez votre oncle le gouverneur de Rome ; l'autre qui a t soldat d'artillerie sous les Franais, voudrait tre employ au chteau Saint-Ange. 
:Rien de plus difficile. Monsignor Catanzara n'tait rien moins qu'un homme lger, et n'admettait dans sa maison que des gens de lui bien connus. Au milieu d'une vie remplie, en apparence, par tous les plaisirs, Vanina, bourrele de remords, tait fort malheureuse. La lenteur des vnements la tuait. L'homme d'affaires de son pre lui avait procur de l'argent. Devait-elle fuir la maison paternelle et aller en Romagne essayer de faire vader son amant ? Quelque draisonnable que ft cette ide, elle tait sur le point de la mettre  excution lorsque le hasard eut piti d'elle. 
:La veille du jour o Missirilli devait arriver  Rome, Vanina prit un prtexte pour aller  Citta-Castellana. C'est dans la prison de cette ville que l'on fait coucher les carbonari que l'on transfre de la Romagne  Rome. Elle vit Missirilli le matin, comme il sortait de la prison : il tait enchan seul sur une charrette ; il lui parut fort ple, mais nullement dcourag. Une vieille femme lui jeta un bouquet de violettes, Missirilli sourit en la remerciant. 
:Vanina avait vu son amant, toutes ses penses semblrent renouveles ; elle eut un nouveau courage. Ds longtemps elle avait fait obtenir un bel avancement  M. l'abb Cari, aumnier du chteau Saint-Ange, o son amant allait tre enferm ; elle avait pris ce bon prtre pour confesseur. Ce n'est pas peu de chose  Rome que d'tre confesseur d'une princesse, nice du gouverneur. 
:Le ministre quitta l'air fch : la beaut de Vanina contribua sans doute  ce changement rapide. On connaissait dans Rome le got de monseigneur Catanzara pour les jolies femmes, et, dans son dguisement en valet de pied de la casa Savelli, avec des bas de soie bien tirs, une veste rouge, son petit habit bleu de ciel galonn d'argent, et le pistolet  la main, Vanina tait ravissante. 
:Le fait est qu' l'approche de la mort, tous les principes religieux qui pouvaient s'accorder avec la passion pour la libert de l'Italie avaient reparu dans le coeur du jeune carbonaro. Peu  peu Vanina s'aperut que le changement tonnant qu'elle remarquait chez son amant tait tout moral, et nullement l'effet de mauvais traitements physiques. Sa douleur, qu'elle croyait au comble, en fut encore augmente. 
:-- Si vous permettez un conseil  un homme qui vous fut cher, mariez-vous sagement  l'homme de mrite que votre pre vous destine. Ne lui faites aucune confidence fcheuse ; mais, d'un autre ct, ne cherchez jamais  me revoir ; soyons dsormais trangers l'un  l'autre. Vous avez avanc une somme considrable pour le service de la patrie ; si jamais elle est dlivre de ses tyrans, cette somme vous sera fidlement paye en biens nationaux. 
